Un Souvenir de Noël à Disneyland Paris (par Yves Ben Yeta, directeur créatif)

 

Noël est une période marquante à Disneyland Paris pour nous tous, mais aussi pour ceux qui y travaillent, notamment les Imagineers et les Cast Members qui partagent avec nous leurs plus beaux souvenirs de Noël. Pour commencer cette série, découvrons Yves Ben Yeta, Directeur Créatif à Walt Disney Imagineering.

 

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  • Quel fut votre premier Noël à Disneyland Paris ?

Mon premier Noël Disney, c’était le tout premier, en 1992. Nous étions à peine remis de la construction et de l’ouverture du Parc que déjà nous nous retrouvions dans la féérie des Fêtes ! Ce fut un beau souvenir, mais je me rappelle surtout le Noël suivant, auquel j’ai participé plus directement et pour lequel on nous a demandé de construire un sapin encore plus haut et encore plus beau. Sa structure métallique a été conçue en Floride, et quand elle est arrivée, j’ai été impressionné par ses dimensions monumentales. L’ingénieur qui s’en est occupé avait surdimensionné les choses, comme on le fait souvent chez Disney, pour parer à toute éventualité. D’ailleurs aujourd’hui, si la décoration de l’arbre a changé, c’est toujours cette même structure qui est utilisée.

 

En ce qui me concerne, pour ce deuxième sapin, j’étais en charge de la conception de l’éclairage. Il était très différent de celui que nous avons maintenant. Il ressemblait davantage au scintillement qu’on avait sur le Château de la Belle au Bois Dormant à l’époque. Il y avait très peu de couleurs ; c’était essentiellement blanc. Et sur la partie supérieure du sapin, il y avait une étoile, blanche également. À l’époque, il n’y avait pas de programmateur suffisamment puissant sur le marché pour commander toutes les ampoules – il faut dire qu’il y en avait tellement ! Il a donc fallu trouver des solutions pour faire autrement. Je suis parti des guirlandes lumineuses que nous avons tous à la maison. Dans ce dispositif, la quasi-totalité des ampoules sont normales, sauf une qui contient un petit dispositif qui permet de couper le circuit par intermittence de sorte que l’ensemble des ampoules puisse clignoter. Cela m’a donné l’idée de ne mettre dans notre arbre que des ampoules avec rupteur. De cette manière, nous n’avions pas besoin de programmateur. Chacune d’elles était indépendante et clignotait à son propre rythme. C’était vraiment très beau. C’est une expérience qui m’a marqué. Il faut dire que ce n’est pas tous les jours qu’on travaille sur un sapin de cette taille-là !

 

Ces premiers Noëls à Disneyland Paris étaient pour moi pleins d’émotion. Tout ce que nous faisions, ou presque, était nouveau. Comme les décors de Main Street, U.S.A. Quand on s’adressait aux fabricants pour leur dire les quantités de matériel qu’il nous fallait, ils avaient du mal à nous croire. Rien qu’en guirlandes, sur le Parc, je me souviens qu’il y en avait suffisamment pour faire l’aller-retour Paris-Disneyland !

 

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  • Parmi les décorations les plus marquantes de l’histoire de Disneyland Paris, les arches lumineuses de Main Street, U.S.A. restent encore dans toutes les mémoires ! Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Ces arches de Noël étaient inspirées de la tradition italienne des « Luminari ». Elles ont été fabriquées ici en France, et leur design était en lien direct avec celui du sapin, notamment les motifs de flocons. L’illumination commençait par l’arbre, descendait le long des arches et atteignait Central Plaza pour aller toucher le Château de la Belle au Bois Dormant. De cette manière, les deux extrémités de Main Street, U.S.A. étaient liées dans un même spectacle. C’était magnifique !

 

  • Un autre joli projet de Noël fut « it’s a small world » Celebration.

Nous l’avons appelé « Celebration » car nous avions remarqué qu’à cette époque de l’année pratiquement tous les peuples du monde célèbrent la lumière. En hiver les jours raccourcissent, mais à Noël la tendance s’inverse. Partout sur la planète, on allume des feux de joie ou des bougies pour se rassurer : c’est Diwali en Inde ou Hanoucca en Israël. Il y a comme un lien à travers toute l’humanité, qu’on le veuille ou non. On voit partout des peuples divisés ; nous avons préféré nous focaliser sur ce qui peut les relier, les unir. Ce fut un projet compliqué car on ne voulait commettre aucun impair. Nous avons donc contacté les représentants culturels des différentes ambassades concernées pour collecter des informations authentiques sur leurs fêtes. Le département Costuming a quant à lui fait un travail remarquable en réalisant les tenues de toutes les poupées en fonction de ces traditions locales.

 

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  • Vous avez travaillé dans plusieurs Parcs Disney à travers le monde, et notamment à Tokyo Disneyland. Comment Noël se passe-t-il là-bas ?

À Tokyo, même si c’est une fête d’origine occidentale, Noël est célébré de manière exceptionnelle. À Tokyo Disneyland comme dans la ville de Tokyo, on peut assister à des spectacles de lumières exceptionnels et les Japonais sont prêts à faire la queue pendant plusieurs jours pour être sûrs de pouvoir participer aux célébrations dans le Parc ! Aux Etats-Unis, c’est merveilleux aussi. Il m’est arrivé de célébrer Noël en Californie. Là-bas, ce qui change surtout, ce sont les températures ! Pour autant, il y a des choses qui ont été créées ici à Disneyland Paris et qui ont inspiré les Parcs américains. Par exemple, notre premier Noël de glace, bleu et blanc, a beaucoup inspiré Disneyland Resort.

 

  • Qu’est-ce qui vous touche le plus à Noël dans les Parcs ?

J’adore aller dans le Parc très tôt le matin durant cette période. Le lever du jour est absolument sublime. Il y a des ciels magnifiques et le soleil dessine comme jamais les silhouettes des bâtiments. Ce sont des moments magiques que j’aime immortaliser en photos.

Et il y a aussi un côté nostalgique qui me touche beaucoup. Vous savez, mon métier me conduit de temps en temps à me promener dans le Parc pour observer les décors et les lumières. Mais quand je viens à Noël en tant que visiteur avec ma famille, pour moi, le spectacle, ce n’est plus le décor ou les éclairages. C’est le visage de ma petite-fille. Regarder ses réactions, ses yeux qui brillent, les lumières qui illuminent son visage, c’est juste profondément émouvant. Je retrouve en elle les émotions de ma fille quand je l’emmenais sur le Parc à Noël il y a presque 30 ans, et aujourd’hui, elle revit tout cela à travers sa propre fille. Pour moi, c’est un moment d’émerveillement et de nostalgie qui fait partie intégrante de la magie de Disneyland Paris à Noël.

 

  • Justement, quel est le secret de cette magie de Noël propre à Disneyland Paris ?

Je vais vous raconter une anecdote personnelle. Il y a de cela plusieurs années, mon fils était petit, et je faisais la queue avec lui pour prendre une photo avec le Père Noël dans un centre commercial. Il était très excité. Nous avancions petit à petit et à un moment, alors que nous étions presque arrivés il me dit : « On s’en va ! ». J’étais très surpris : on avait attendu une demi-heure, on n’allait pas repartir maintenant. Mais il insiste : « C’est pas le père Noël ! Regarde ses chaussures ! »  En effet, il y avait bien tout le reste du costume, mais mon petit bonhomme avait remarqué que ses chaussures n’allaient pas avec. Donc pour lui, il était évident ce n’était pas le vrai. Cette histoire explique bien le souci du détail qui est le mien quand il s’agit de créer la magie à Disneyland Paris. C’est une préoccupation de chaque instant. La magie, ce sont tous ces petits détails qui changent tout. Par exemple, nous avons la chance d’avoir un parc particulièrement riche au niveau lumineux, et notamment Main Street, U.S.A. Cela tient aussi bien aux grandes guirlandes de Noël qu’aux petites lumières qui courent le long des toitures. Elles sont discrètes, toute simples, mais font toute la différence. Il y aussi toutes nos cheminées. Entre les foyers dans les boutiques, les restaurants et celles sur les toitures, c’était une volonté affirmée des concepteurs du Parc d’en avoir le plus possible dans la mesure où elles apportent un côté chaleureux et accueillant. Quand on arrive chez quelqu’un en hiver, qu’il fait froid, on retire son pardessus et on nous offre un chocolat devant la cheminée. C’est un détail, mais il est aussi essentiel pour faire vivre la magie de Noël.  

 

  • Que peut-on se souhaiter, pour un Noël aussi particulier que celui-ci ?

Pour moi, c’est assez évident : une bonne santé, une sortie de crise le plus vite possible et le retour à une vie normale pour profiter des choses les plus simples : voir ses enfants, ses amis, embrasser ses proches, se balader dans le Parc… Ce que nous apprend une crise comme celle-ci, c’est que toutes les choses qui nous semblaient naturelles et évidentes ne le sont pas. Rien n’est acquis. C’est pour cela qu’il faut se reconcentrer sur ce qui est réellement important. À commencer par un Joyeux Noël !

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